L’Afrique vit une révolution silencieuse: celle de la transformation digitale. Start-up, fintech, e-commerce, e-gouvernance… Jamais le continent n’a connu une telle effervescence technologique. Mais cette avancée s’accompagne d’un revers : la montée en puissance des cybermenaces. Plus qu’en enjeu technique, la cybersécurité devient une question de souveraineté digitale. Protéger les infrastructures, les données et les citoyens est désormais vital pour que l’Afrique construise un avenir numérique sûr, inclusif et indépendant
Avec plus de 500 millions d’internautes et une jeunesse hyperconnectée, l’Afrique est l’un des marchés numériques les plus dynamiques au monde. Les start-ups foisonnent, les fintech transforment les usages bancaires, et le numérique irrigue des secteurs clés comme la santé, l’éducation ou l’agriculture. Cette transformation digitale offre un potentiel considérable pour stimuler la croissance et réduire les inégalités.
Cette accélération s’accompagne d’une vulnérabilité accrue. Fraudes bancaires, ransomwares, espionnage numérique, cyberattaques sur les institutions publiques : le continent subit une explosion des incidents cyber. Selon l’Union africaine, l’Afrique perd chaque année plusieurs milliards de dollars en raison de la cybercriminalité. Plus que jamais, la question n’est pas seulement de se connecter, mais de se protéger.
CYBERSÉCURITÉ ET SOUVERAINETÉ DIGITALE : UN ENJEU STRATÉGIQUE
La souveraineté digitale repose sur la capacité d’un État à contrôler et sécuriser ses infrastructures numériques, ses données et ses communications. Pour l’Afrique, cela signifie développer des solutions locales de cybersécurité, renforcer la coopération entre pays et réduire la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères. Car sans maîtrise des données et des infrastructures, la transformation digitale risque de renforcer la dépendance plutôt que l’indépendance.
La cybercriminalité africaine passe par des investissements massifs dans les infrastructures critiques : centres de données locaux, systèmes de cryptage, réseaux de télécommunication sécurisés. Le développement du cloud souverain africain est une piste majeure pour garantir que les données stratégiques du continent ne soient pas exclusivement hébergées hors d’Afrique, où elles échappent à tout contrôle.
FORMER LES TALENTS AFRICAINS À LA CYBERSÉCURITÉ
Au-delà des infrastructures, le défi est aussi humain. L’Afrique manque cruellement de spécialistes en cybersécurité. Former une nouvelle génération d’experts, renforcer les cursus universitaires et encourager la recherche locale sont des priorités absolues. La jeunesse africaine, déjà au cœur de l’innovation numérique, doit devenir également le rempart contre les cybvermenaces.
Face à des menaces transnationales, aucun pays africain ne peut agir seul. L’adoption de la Convention de Malabo sur la cybersécurité et la protection des données personnelles. (2014) constitue un pas important. Mais sa mise en œuvre reste lente. Pour bâtir une véritable souveraineté digitale, les États africains doivent harmoniser leurs législations, mutualiser leurs ressources et créer des mécanismes de défense numérique communs.
La cybersécurité ne doit pas être perçue comme un frein, mais comme un catalyseur de confiance et donc d’innovation. Une Afrique numérique souveraine, où les citoyens ont confiance dans la sécurité de leurs données et transactions, attirera davantage d’investissements et permettra aux innovations locales de prospérer.
La transformation digitale de l’Afrique est une chance historique. Mais sans cybersécurité, cette révolution pourrait tourner à la dépendance et à la vulnérabilité. En plaçant la souveraineté digitale au cœur de sa stratégie, le continent peut transformer ses atouts numériques en leviers de puissance et d’indépendance. Car l’Afrique ne doit pas seulement être connectée au monde : elle doit être maître de son propre destin digital.
Cyrille Kemmegne