Face aux défis conjugués du changement climatique, de la croissance démographique et de la quête de souveraineté économique, l’Afrique explore une transition verte qui lui est propre. Les énergies renouvelables, abondantes et accessibles, s’imposent comme un levier stratégique pour un développement durable, inclusif et adapté aux réalités du continent.
L’Afrique fait face à un paradoxe : elle contribue très peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais elle est parmi les régions les plus vulnérables au changement climatique. Sécheresses, inondations, insécurité alimentaire et pressions migratoires accentuent l’urgence d’un modèle de développement résilient et adapté. La transition verte apparaît dès lors comme une réponse stratégique, mais elle doit être pensée à l’africaine, c’est-à-dire en tenant compte des réalités socio-économiques, culturelles et technologiques locales.
L’Afrique dispose d’atouts uniques : un ensoleillement parmi les plus forts du monde, un potentiel éolien considérable, des ressources hydrauliques abondantes et une biomasse riche. Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), le continent pourrait devenir un leader mondial des énergies vertes, à condition d’investir massivement dans les infrastructures, la formation et l’innovation. Le solaire, en particulier, représente une source inépuisable de développement pour l’électrification des zones rurales, encore largement en marge des réseaux traditionnels.
ÉNERGIES VERTES: UN LEVIER D’INCLUSION SOCIALE
Au-delà de l’enjeu climatique, la transition énergétique offre une opportunité d’inclusion sociale et économique. L’accès à une énergie propre et abordable peut transformer le quotidien des populations : faciliter l’éducation par l’éclairage, stimuler l’entrepreneuriat local, renforcer les services de santé, et réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de l’extérieur. L’essor des mini-réseaux solaires et des solutions décentralisées favorise une approche « bottom-up », où les communautés deviennent actrices de leur propre développement.
Plusieurs pays africains tracent la voie : le Maroc avec son complexe solaire Noor à Ouarzazate, l’un des plus grands au monde ; le Kenya qui produit déjà plus de 70 % de son électricité à partir de sources renouvelables ; ou encore le Rwanda et son ambition de devenir un hub régional de l’économie verte. Ces initiatives montrent que l’Afrique ne se contente pas d’imiter les modèles du Nord, mais qu’elle invente sa propre trajectoire, adaptée à ses ambitions.
UN DÉVELOPPEMENT DURABLE À L’AFRICAINE
Le véritable défi consiste à faire de la transition verte un levier de développement global. Cela implique d’associer la jeunesse- majorité démographique -, de renforcer les partenariats public-privé et de promouvoir des financements innovants. Plus encore, il s’agit de repenser la transition non pas comme une contrainte écologique, mais comme une chance historique de bâtir un modèle de prospérité plus équitable, plus résilient et véritablement durable.
L’écologie, en Afrique, ne saurait être une simple transposition des modèles venus d’ailleurs. Elle doit s’enraciner dans les ressources, les cultures et les aspirations du continent. Les énergies renouvelables, par leur potentiel transformateur, constituent le socle de ce développement durable à l’africaine : inclusif, innovant et porteur d’espoir. Si l’Afrique réussit ce pari, elle ne sera pas seulement bénéficiaire de la transition verte mondiale, mais bien l’une de ses pionnières.
Cyrille Kemmegne