L’Afrique et l’intelligence artificielle : Une révolution en marche

À l’heure où l’intelligence artificielle bouleverse les équilibres mondiaux, l’Afrique entre elle aussi dans la danse. Loin d’être un simple terrain d’expérimentation, le continent innove, adapte et transforme l’IA selon ses réalités locales. De la santé à l’agriculture, en passant par l’éducation, l’IA devient un outil stratégique pour relever les défis majeurs du développement. Mais cette marche vers la modernité n’est pas sans obstacles.

L’Afrique, longtemps perçue comme simple consommatrice de technologies étrangères, affirme de plus en plus sa voix dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). Avec une population jeune (plus de 60 % des Africains ont moins de 25 ans) et une urbanisation croissante, le continent se présente comme un terrain fertile pour l’adoption des technologies de rupture.

En Afrique subsaharienne, plus de 55 % de la population vit de l’agriculture. Des solutions comme Agrix Tech (Cameroun), une application mobile qui diagnostique les maladies de plantes grâce à l’IA, permettent aux petits producteurs de préserver leurs récoltes. Au Kenya, « Hello Tractor », surnommé l’« Uber du tracteur », utilise des algorithmes pour connecter les agriculteurs à des prestataires de services agricoles. Ces initiatives contribuent à la sécurité alimentaire dans un contexte de changement climatique.

LES AUTRES BONS POINTS DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE EN AFRIQUE

En plus de la modernisation de l’agriculture en Afrique, l’intelligence artificielle influe positivement sur la santé des populations. Le déficit médical est criant sur le continent : certains pays comptent à peine un médecin pour mille habitants. L’IA vient ici en appui. Par exemple, « Baobab Health » au Malawi déploie des solutions d’aide au diagnostic et à la gestion électronique des dossiers médicaux. En Afrique du Sud, le programme « Al Radiology » utilise des algorithmes pour détecter la tuberculose sur les radiographies pulmonaires, avec un taux de précision supérieur à 90 %. Ces solutions permettent de pallier le manque de spécialistes et d’accélérer la prise en charge.

Il n’est pas jusqu’à l’éducation qui ne bénéficie pas des bienfaits de l’IA en Afrique. Avec plus de 98 millions d’enfants non scolarisés en Afrique (UNESCO, 2023), l’IA propose des solutions alternatives : plateformes de tutorat adaptatif, assistants virtuels multilingues, applications d’apprentissage vocal pour les zones rurales. L’initiative « M-Shule » au Kenya adapte automatiquement les leçons au niveau de chaque élève, même sans connexion internet constante. Des chatbots éducatifs en langues africaines locales sont aussi en développement, favorisant l’inclusion.

Plusieurs pays d’Afrique expérimentent l’IA dans la gestion urbaine. Du coup, les villes deviennent intelligentes et sont de plus en plus sécurisées. À Kigali, au Rwanda, les caméras connectées équipées de reconnaissance faciale aident à fluidifier le trafic et améliorer la sécurité. En Éthiopie, des projets de modélisation prédictive sont en cours pour anticiper les flux de population et les migrations urbaines, dans le but de mieux planifier les infrastructures.

DES DÉFIS PERSISTANTS A RELEVER

Malgré ces avancées, l’IA en Afrique se heurte à plusieurs défis majeurs. Entre autres, il y a la faiblesse des infrastructures. Seulement 33 % des Africains avaient accès à internet en 2023 (Union Internationale des Télécommunications). L’inégalité d’accès à l’électricité est aussi un talon d’Achille de l’IA en Afrique. De ce point de vue, près de 600 millions d’Africains n’ont pas un accès fiable à l’électricité, ce qui limite l’usage de l’IA en continu. Et que dire du manque de données locales ? L’IA nécessite de grandes quantités de données. Or, celles-ci sont souvent absentes, non numérisées ou inaccessibles. Il se pose en Afrique un problème de souveraineté technologique. Et pour cause, la majorité des outils IA utilisés sur ce continent sont conçus en Europe, en Chine ou aux États-Unis, ce qui pose la question de l’indépendance numérique.

L’Afrique peut tout de même se féliciter de nombreux centres d’innovation qui émergent : le « Al for Good Lab » à Accra, le « Data Science Nigeria » ou encore l’« African Institute for Mathematical Sciences (AIMS). Ces institutions forment des talents locaux, développent des solutions adaptées au continent et encouragent la recherche en IA éthique et inclusive.

VERS UNE IA ÉTHIQUE ET AFRICAINE ?

L’Afrique a une carte unique à jouer ; développer une IA qui ne soit pas une simple copie des modèles occidentaux. L’intégration des langues africaines, des données culturelles et des traditions locales permettrait de bâtir des systèmes plus justes, inclusifs et durables. En mars 2023, l’Union africaine a d’ailleurs entamé des travaux pour une stratégie continentale de l’IA, posant ainsi les bases d’une gouvernance technologique propre au continent.

L’Afrique ne regarde plus l’IA passer. Elle l’adapte, la façonne, l’intègre selon ses besoins. Si les défis restent nombreux, les usages pertinents et les innovations locales démontrent que le continent ne veut pas rater le train de la quatrième révolution industrielle. L’enjeu n’est pas seulement technologique. Il est profondément humain, politique, et civilisationnel.

Cyrille Kemmegne

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