L’Afrique en première ligne du dérèglement climatique

L’Afrique ne fait partie que pour 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais elle en paie l’un des plus lourds tributs. Sécheresses prolongées, inondations meurtrières, montée des eaux, pertes agricoles, famines, épidémies et déplacements forcés. Les effets du dérèglement climatique s’y font déjà sentir avec une intensité alarmante. Comment le continent s’adapte-t-il face à cette tempête silencieuse, mais dévastatrice ? 

L’Afrique contribue peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (à peine 4 %, selon le GIEC. Et pourtant, elle est l’un des continents les plus vulnérables face au réchauffement climatique. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), 7 des 10 pays les plus exposés aux aléas climatiques se trouvent en Afrique. La faible capacité d’adaptation, le manque d’infrastructures et une forte dépendance aux ressources naturelles aggravent les conséquences.

Le Sahel illustre parfaitement les effets du réchauffement. En moins de 50 ans, la durée des sécheresses y a doublé, et la désertification progresse à un rythme inquiétant. Le lac Tchad, autrefois l’un des plus grands réservoirs d’eau douce d’Afrique, a perdu 90 % de sa superficie depuis les années 1960. Ces phénomènes affectent directement l’agriculture, qui représente 60 % de l’emploi sur le continent, et précipitent des millions de personnes dans l’insécurité alimentaire. En l’occurrence, plus de 140 millions de personnes en Afrique subsaharienne étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë.

DES PHÉNOMÈNES EXTRÊMES EN HAUSSE  

Au fil des années, l’Afrique est de plus en plus confrontée aux phénomènes tels que les cyclones, la montée des eaux et d’autres phénomènes tels que les tempêtes tropicales qui gagnent en intensité. En 2022, le Nigeria a connu les pires inondations de son histoire récente, affectant plus de trois millions de personnes. Les îles de l’océan indien, comme Madagascar, sont de plus en plus exposées aux cyclones dévastateurs : Batsirai (2022), Freddy (2023) ont causé des centaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés. Les villes côtières comme Dakar, Abidjan ou Lagos voient l’érosion côtière grignoter les quartiers menaçant des millions de logements.

Les impacts du climat ne se limitent pas à l’environnement. Le paludisme s’étend à des zones jusqu’ici épargnées, comme les hauts plateaux d’Afrique de l’Est, en raison de la hausse des températures. Le réchauffement accentue aussi les risques de maladies hydriques, de malnutrition et de stress psychologique. Le manque d’eau potable et les catastrophes naturelles perturbent durablement les systèmes de santé déjà fragiles.

Les déplacements liés aux bouleversements climatiques deviennent massifs. En 2023, selon l’OIM, plus de 7 millions d’Africains ont été déplacés à cause de catastrophes naturelles. Ces migrations créent des tensions entre communautés, notamment autour de l’eau  et des pâturages, accentuant les conflits interethniques ou communautaires, comme on le voit au Sahel, au Tchad ou dans le nord du Nigeria.

DES RÉPONSES LOCALES, INNOVANTES ET RÉSILIENTES

Malgré tout, l’Afrique ne reste pas passive. Des solutions endogènes émergent. Il y a entre autres des campagnes massives de reforestation en Éthiopie. L’on peut ainsi faire allusion à l’initiative « Green Lagacy ». Ces campagnes ont permis de planter plus de 5 milliards d’arbres depuis 2019. Des techniques d’agroécologie sont promues au Sénégal, au Bénin ou au Burkina Faso pour restaurer les sols et augmenter les rendements sans nuire à l’environnement. Il serait injuste de ne pas citer les start-ups africaines qui développent des systèmes d’irrigation goutte-à-goutte solaires, des capteurs de météo connectés et des applications d’alerte précoce pour prévenir les populations vulnérables.

Plusieurs voix africaines réclament une justice climatique, estimant que les pays riches doivent financer les pertes et dommages causés par leurs émissions historiques. Lors de la COP27 en Égypte, l’Afrique a obtenu une première victoire avec la création d’un fonds « pertes et dommages », bien que sa mise en œuvre reste incertaine. Le combat pour un climat équitable est aussi un combat pour la dignité, l’autonomie et la survie.

L’Afrique, déjà frappée de plein fouet par les effets du dérèglement climatique, ne peut plus attendre. Elle incarne à la fois la victime la plus emblématique du système climatique mondial, et une source d’innovation et de résilience. Les réponses doivent être globales, mais elles doivent aussi s’ancrer dans les réalités locales. Le climat africain change. Il appartient aux Africains de faire en sorte que l’Afrique ne disparaisse avec lui.

Cyrille Kemmegne

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