Jeunesse africaine : Construire demain aujourd’hui

L’Afrique est le continent le plus jeune du monde, avec plus de 60 % de sa population âgée de moins de 25 ans. Ce potentiel humain immense pourrait devenir le moteur d’une prospérité durable, à condition de miser sur l’éducation, la formation professionnelle, l’entrepreneuriat et l’insertion. Dans un contexte de chômage massif des jeunes, comment créer des passerelles efficaces entre formation et emploi ? Comment valoriser l’apprentissage, les stages, l’alternance ? Comment faire de la jeunesse le cœur battant de la transformation africaine ? 

L’Afrique comptera plus de 830 millions de jeunes d’ici à 2050. Ce dividende démographique représente un levier de développement majeur, mais il peut devenir une bombe à retardement si les conditions d’une insertion économique et sociale ne sont pas réunies. Dans plusieurs pays, le taux de chômage des jeunes dépasse 25 %, et plus de 80 % d’entre eux évoluent dans l’informel, souvent sans protection ni perspectives.

Les systèmes éducatifs africains peinent à répondre aux besoins du marché. Trop académiques, insuffisamment liés aux réalités locales, ils produisent chaque année des milliers de diplômés sans perspective. Il est urgent de réconcilier formation et emploi par l’intégration de compétences techniques, numériques, agricoles et artisanales, adaptées aux besoins réels des économies locales. Les modèles d’alternance et d’apprentissage ont fait leurs preuves ailleurs dans le monde. En Afrique, ils restent embryonnaires. Moins de 5% des jeunes suivent un parcours en alternance. Pourtant, ces formules permettent un ancrage plus rapide dans l’emploi, en réconciliant la formation théorique et l’expérience de terrain. Il faut des réformes ambitieuses pour inciter les entreprises à accueillir, former et insérer les jeunes. L’apprentissage et l’alternance permettent de former en situation réelle, tout en préparant à une insertion rapide. Pourtant, moins de 10 % des jeunes Africains ont accès à une formation en alternance, faute de cadre légal, de volonté politique ou de collaboration entre écoles et entreprises. Développer des partenariats solides entre établissements de formation et tissu économique local apparaît comme un impératif.

L’ENTREPRENEURIAT : MOTEUR D’AUTONOMIE ET D’INNOVATION

Face au chômage, des millions de jeunes se tournent vers l’auto-emploi et l’entrepreneuriat, souvent dans des conditions précaires. Pourtant, l’Afrique est le continent qui compte le plus fort taux de jeunes entrepreneurs au monde, à en croire la Banque mondiale qui en a fait la révélation en 2023. La nécessité s’impose donc d’accompagner cette dynamique à travers l’accès au financement, le mentorat, les incubateurs, les micro-crédits, la simplification administrative, etc. L’entrepreneur de demain est un acteur ou une actrice du changement.

Il faut néanmoins saluer les initiatives qui émergent de partout. L’on peut ainsi citer fablabs à Dakar au Sénégal, les centres de formation par alternance à Abidjan en Cote d’Ivoire, les programmes d’incubation à Kigali au Rwanda, ou encore les coopératives agricoles par des jeunes au Kenya. Ces expériences sont des preuves que l’Afrique est décidée à inventer ses propres solutions. Reste à présent à renforcer ces écosystèmes par une politique publique cohérente, un appui technique durable et un engagement des collectivités locales.

Il faut créer des ponts entre l’école et les entreprises. Le manque de dialogue entre les systèmes éducatifs et les entreprises africaines alimente le chômage des jeunes diplômés. Il est temps d’aller vers une co-construction des formations, une présence accrue de professionnels dans les cursus et une mobilisation des employeurs autour de l’insertion. Créer des ponts, c’est aussi reconnaître la jeunesse comme une richesse à investir, pas un fardeau à gérer. Les enjeux sont en effet grands pour être laissés à un seul acteur. Gouvernants, entreprises, ONG, diaspora, collectivités doivent coordonner leurs efforts. Un pacte pour la jeunesse africaine doit inclure entre autres un financement accru de la formation technique, des incitations fiscales pour les entreprises accueillant des jeunes en alternance, un soutien aux coopératives de jeunes et un cadre légal souple et innovant.

DES CHIFFRES QUI INTERPELLENT

Plus de 60 % des Africains ont moins de 25 ans et environ 12 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail en Afrique. Paradoxalement, moins de 3 millions d’emplois formels sont créés annuellement. Étant donné que près de 90 % des jeunes travaillent dans l’informel et que moins de 20 % des jeunes accèdent à une formation technique ou professionnelle, sans oublier le fait que l’Afrique détient le plus haut taux d’intention entrepreneuriale au monde chez les 18-35 ans, la coupe des défis à relever pour rassurer les jeunes Africains en quête d’emploi est pleine.

Un impératif de souveraineté et de dignité doit être à l’ordre du jour. La question n’est pas seulement économique. Former, insérer et faire confiance à la jeunesse africaine, c’est assurer la souveraineté future du continent, éviter les frustrations, les départs massifs, les tensions sociales. Il faut permettre aux jeunes de construire en Afrique des projets utiles, durables et porteurs de sens. C’est une urgence morale et stratégique. Face aux défis de l’emploi, de l’éducation et de l’entrepreneuriat, la jeunesse africaine n’attend pas. Elle agit, innove, propose. L’Afrique de demain ne se construira pas sans elle. Mieux, elle se construira par elle et, surtout, par les jeunes.

Cyrille Kemmegne

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