
Face aux bouleversements climatiques et l’urbanisation galopante, l’Afrique n’a d’autre choix que de penser un développement durable enraciné dans ses réalités. Loin des modèles importés, la transition écologique africaine doit conjuguer résilience urbaine, justice sociale et valorisation des savoirs endogènes. De Dakar à Nairobi, des solutions émergent déjà. À se demander si toutes ces initiatives ne conduisent pas allègrement vers une écologie à l’africaine.
L’Afrique est à la fois peu émettrice de gaz à effet de serre (moins de 4 % des émissions mondiales) et pourtant la plus vulnérable face aux effets du changement climatique. Sécheresses accrues, inondations, perte de biodiversité, urbanisation chaotique : les défis sont immenses. Pourtant, c’est aussi sur ce continent que se dessinent des approches innovantes de transition verte.
Trop souvent, les politiques environnementales en Afrique s’inspirent de modèles occidentaux inadaptés. Or, le continent dispose d’un patrimoine écologique exceptionnel et de savoirs traditionnels souvent basés sur la sobriété, la circularité, la cohabitation avec la nature. Il s’agit donc de penser un développement durable ancré dans les cultures locales, sobre en carbone et riche en résilience.
DES VILLES À REPENSER D’URGENCE
En 2050, plus d’un Africain sur deux vivra en ville. Ce boom urbain peut aggraver les inégalités ou devenir une opportunité. Mais cela suppose de repenser radicalement les villes africaines en prenant en compte les infrastructures écologiques, les logements accessibles, la gestion durable des déchets, le transport propre…En un mot, la ville de demain devra être écologique, inclusive et décentralisée. De ce point de vue, des initiatives porteuses d’espoir fleurissent partout sur le continent. À Kigali au Rwanda, l’on interdit les sacs plastiques depuis 2008. À Accra au Ghana, l’on expérimente de plus en plus la transformation des déchets en énergie. Le Sénégal multiplie les projets d’agriculture urbaine. Ouarzazate au Maroc abrite l’une des plus grandes centrales solaires au monde. Ces exemples démontrent que la transition verte africaine est déjà en route, portée par des citoyens, des collectivités et des start-ups locales.
Pour réussir sa transition, l’Afrique devra s’appuyer sur plusieurs piliers fondamentaux. Il y a notamment les énergies renouvelables (solaire, éolien, hydro), l’économie circulaire et zéro déchet, la revalorisation des écosystèmes (forêts, bambou, fibres végétales), la participation communautaire et la gouvernance locale. Bien qu’elle pollue peu, l’Afrique subit les conséquences du modèle de croissance des pays industrialisés. Les engagements internationaux comme le Fonds vert pour le climat restent largement sous-financés. L’Afrique réclame une transition juste, avec transfert de technologies, allègement de dettes vertes, et respect des engagements de financement climatique.
D’énormes défis interpellent donc l’Afrique qui a grand intérêt à se battre pour refaire son retard en matière d’écologie. Il semble très difficile voire impossible de relever tous ces défis sans sensibiliser les enfants, former les jeunes aux métiers de la transition écologiques, valoriser les savoirs ancestraux sur la gestion de l’eau, des forêts ou des sols : l’éducation écologique est une clef de voûte du changement. L’émergence d’écoles vertes, de programmes universitaires sur le climat, et de médias écocitoyens est à encourager.
Les villes africaines doivent se préparer aux chocs climatiques à venir. Cela implique la construction de quartiers résilients, la préservation des zones humides, l’autosuffisance énergétique, mais aussi une gouvernance locale transparente. La résilience urbaine, ce n’est pas juste un mot à la mode, c’est un enjeu de survie pour des millions d’Africains. L’Afrique a en effet une opportunité historique : ne pas reproduire les erreurs écologiques du Nord. Elle peut inventer un modèle plus sobre, plus juste, plus humain. Un modèle qui associe la nature, la communauté et l’innovation, en plaçant l’humain et l’environnement au cœur du progrès. L’écologie africaine est en gestation et tous les Africains, où qu’ils se trouvent et qui qu’ils soient, devraient apporter du leur pour que la révolution verte africaine se fasse sans heurt.
Cyrille Kemmegne