
De la petite commerçante des marchés locaux à la dirigeante d’entreprise internationale, les femmes africaines incarnent une force motrice essentielle pour l’économie du continent. Souvent invisibles dans les statistiques officielles, elles assurent pourtant la résilience des familles, des communautés et des nations. Aujourd’hui, leur rôle dépasse le seul cadre domestique : elles sont devenues les piliers de l’innovation et du développement durable en Afrique.
Dans de nombreux pays d’Afrique, les femmes constituent l’épine dorsale de l’agriculture. Selon la FAO, elles représentent près de 50 % de la main-d’œuvre agricole du continent. Elles cultivent, récoltent, transforment et commercialisent une grande partie de la production alimentaire. Pourtant, elles ont souvent un accès limité à la terre et au crédit. Malgré ces obstacles, elles maintiennent la sécurité alimentaire, même dans des contextes de crise climatique ou de conflits.
Dans les rues de Lagos, Abidjan ou Dakar, les marchés vibrent au rythme des voix féminines. L’économie informelle, qui représente parfois jusqu’à 80 % des emplois non agricoles, est largement dominée par les femmes. Ce secteur, souvent négligé par les politiques, est pourtant vital : il fait vivre des millions de familles et maintient la cohésion sociale en période de crise.
ENTREPRENEURIAT FÉMININ : L’AVENIR S’INVENTE AU FÉMININ
De plus en plus de femmes africaines investissent les domaines du numérique, des fintechs et de la santé. On peut citer Rebessa Enonchong, figure de la tech camerounaise, ou encore Tilahun Alemu, entrepreneure éthiopienne, pionnière dans la mode durable. Ces femmes ne se contentent pas de créer des entreprises ; elles bâtissent des écosystèmes qui génèrent emplois, inspiration et fierté.
Malgré leur dynamisme, les entrepreneures africaines continent de faire face à un manque criant de financement. Les études montrent qu’elles reçoivent moins de 5 % des fonds de capital-risques investis en Afrique. Les initiatives comme « Women in Africa Initiative » ou les fonds de la Banque africaine de développement commencent à combler ce fossé, mais le chemin reste long.
Qu’il s’agisse de la politique, de la diplomatie ou des grandes organisations panafricaines, les femmes s’imposent de plus en plus. Ellen Johnson Sirleaf, première dame élue présidente en Afrique (au Liberia), reste une référence, mais elle n’est plus une exception isolée. Le Rwanda, avec plus de 60 % de femmes au Parlement, illustre cette dynamique.
BRISER LES PLAFONDS DE VERRE
Le monde des affaires et de la haute finance reste encore largement masculin, mais des figures comme Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC, ou Vera Songwe, ex-directrice de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, témoignent de la montée en puissance d’une génération de femmes africaines qui portent la voix du continent à l’international.
Le potentiel des femmes africaines repose en grande partie sur l’accès à l’éducation. Or, dans certaines zones rurales, une fille sur trois ne termine pas le cycle primaire. Pourtant, des études montrent que chaque année supplémentaire de scolarité pour une fille augmente de 10 à 20 % ses revenus futurs. Investir dans l’éducation des filles, c’est donc investir dans la prospérité du continent.
Face aux enjeux climatiques et aux opportunités offertes par le numérique, les femmes africaines sont déjà à l’avant-garde. Elles innovent dans l’agroécologie, l’énergie solaire ou encore les services digitaux. Ces secteurs, stratégiques pour l’avenir de l’Afrique, seront d’autant plus porteurs si les femmes y trouvent leur juste place.
Longtemps considérées comme des « actrices de l’ombre », les femmes africaines sortent aujourd’hui de l’invisibilité. Leurs contributions économiques, sociales et culturelles sont de plus en plus reconnues, mais elles doivent encore être pleinement valorisées dans les politiques publiques et les stratégies de développement.
Si l’Afrique veut réaliser son potentiel de croissance inclusive et durable, elle devra miser sur les femmes. Leur résilience et leur leadership constituent un levier incontournable. Comme le dit un proverbe africain, « Quand on éduque une femme, c’est toute une nation que l’on élève. » Les femmes africaines ne sont pas seulement des piliers de la résilience économique, elles sont aussi les architectes de l’avenir. Miser sur elles, c’est parier sur une Afrique plus forte, plus juste et plus prospère.
Cyrille Kemmegne